À quelques semaines de la troisième édition du Business Forum Urbanik, les acteurs ivoiriens du bâtiment font du contenu local leur cheval de bataille. Face à la multiplication des effondrements d'ouvrages et aux malfaçons, la filière veut imposer des normes plus strictes et une plus grande place aux PME nationales. Un enjeu qui dépasse le secteur : celui de la valeur ajoutée d'une économie en quête de consolidation budgétaire.

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Une filière face à ses angles morts

Le 14 septembre prochain, Abidjan accueillera la troisième édition du Business Forum Urbanik, placée sous le thème « Le contenu local dans l'industrie du BTP ivoirien et africain ». La Confédération des PME et PMI du BTP de Côte d'Ivoire, organisatrice de l'événement, en a fait le cadre d'un plaidoyer sans concession, porté par son président national Soro Doté. Son diagnostic : la multiplication des malfaçons et des effondrements d'ouvrages témoigne d'une défaillance structurelle des mécanismes de contrôle et d'une insuffisante qualification des intervenants. Une mise en garde qui intervient dans un secteur où la croissance des chantiers a longtemps primé sur la rigueur des normes.

Ce constat n'est pas simplement technique. Il révèle les limites d'un modèle de développement où l'urgence de la construction a souvent éclipsé la qualité des études, des matériaux et de la main-d'œuvre. En appelant à un renforcement des contrôles à toutes les étapes des projets, Soro Doté pointe un paradoxe : la Côte d'Ivoire, qui affiche l'un des taux de croissance les plus élevés d'Afrique de l'Ouest, reste exposée à des sinistres qui entament sa crédibilité auprès des investisseurs et des assureurs. Le développement du contenu local apparaît dès lors comme une réponse à la fois technique et économique, visant à consolider les entreprises nationales tout en améliorant la qualité des ouvrages.

Un levier économique et budgétaire

Le choix du contenu local comme fil conducteur d'Urbanik 2026 s'inscrit dans un agenda plus large. Dans un contexte régional marqué par la consolidation des finances publiques — le budget ivoirien est projeté à plus de 22 300 milliards FCFA à l'horizon 2029 dans le cadre de la stratégie gouvernementale —, la capacité du pays à créer de la valeur localement devient un enjeu de soutenabilité budgétaire. Chaque segment de la chaîne de valeur du BTP confié à des entreprises nationales ou à des sous-traitants locaux réduit les sorties de devises, élargit l'assiette fiscale et stimule l'emploi. Le plaidoyer de Soro Doté en faveur d'une implication plus forte des PME dans les grands chantiers nationaux résonne ainsi avec les objectifs de transformation structurelle de l'économie ivoirienne.

Cette dynamique ne concerne pas que la Côte d'Ivoire. Dans toute l'Afrique de l'Ouest, la question de la valeur ajoutée locale s'impose progressivement dans les secteurs extractifs, agricoles et industriels. Le BTP, secteur à forte intensité de main-d'œuvre et de matériaux, constitue un terrain d'expérimentation particulièrement significatif. En l'associant au Comité de concertation État-secteur privé et à la Chambre nationale des ingénieurs-conseils, les organisateurs d'Urbanik cherchent à décloisonner un univers souvent fragmenté, où coexistent de multiples acteurs sans réelle coordination. L'objectif est de doter la filière d'un modèle de gouvernance qui lui a longtemps manqué.

Il reste à surmonter des obstacles profonds : la capacité des PME à monter en compétence, l'accès au financement, et surtout la volonté politique de faire respecter des normes qui, pour exister, doivent être appliquées. Le forum Urbanik ne résoudra pas ces équations en trois jours, mais il les place sur la place publique. Alors que la croissance ouest-africaine reste portée par des secteurs stratégiques comme l'agriculture et les industries extractives, la question posée par les acteurs ivoiriens est celle de la qualité du développement. Un chantier d'autant plus crucial que les infrastructures à venir, des routes aux barrages, engagent la sécurité et la prospérité des décennies prochaines.

Au-delà du forum, c'est la capacité de la Côte d'Ivoire et de ses voisins à mettre la qualité au cœur de leur modèle de croissance qui est en jeu. Dans une région où la pression fiscale augmente et où les budgets se consolident, la valeur ajoutée locale n'est plus une option, mais une condition de la durabilité. Le contenu local dans le BTP pourrait bien devenir un test grandeur nature de cette ambition.