Le 8 mai 2026, le gouvernement ivoirien a lancé officiellement l'étude de faisabilité de la zone logistique et industrielle de Bouaké (Zlib). Ce projet de 550 hectares vise à décongestionner le port d'Abidjan, rapprocher les unités de transformation des bassins agricoles et créer massivement des emplois pour les jeunes. Il s'inscrit dans le programme « Bouaké Nouveau », reflet d'une volonté de rééquilibrer le développement territorial après des décennies de centralisation abidjanaise.

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La cérémonie du 8 mai, tenue à l'hôtel de ville de Bouaké, a officialisé le début de l'étude de faisabilité confiée au Bureau National d'Études Techniques et de Développement (BNETD). D'une durée de dix mois, cette étude devra déterminer la structuration de la zone, les activités prioritaires et les impacts techniques, économiques, environnementaux et sociaux. Le choix du BNETD, bras séculier de l'État pour les grands projets, témoigne de l'importance stratégique accordée à ce dossier.

Le projet Zlib répond à trois enjeux nationaux. D'abord, désengorger le port d'Abidjan, dont les capacités de stockage sont saturées par la croissance du commerce extérieur. Ensuite, rapprocher les outils de production des bassins agricoles du Centre, du Nord et de l'Ouest – zones de production de cacao, de coton, d'anacarde – afin d'augmenter la valeur ajoutée locale. Enfin, créer des emplois durables pour endiguer l'exode rural et le chômage des jeunes, qui alimentent les tensions sociales.

Bouaké, deuxième ville du pays, est un carrefour historique entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest. Sa position géographique en fait un hub logistique naturel, comme l'a rappelé Abdoulaye Alliagui, directeur de cabinet adjoint du ministre des Transports. La Zlib s'inscrit dans le cadre du programme « Bouaké Nouveau », qui ambitionne une transformation profonde de la ville autour de la décentralisation, du développement structurel et de la cohésion sociale.

Ce projet s'ajoute à une série d'initiatives récentes qui illustrent le dynamisme économique ivoirien. Le redressement de Tractafric Motors, la levée de fonds de Bridge Bank, ou encore la mise à l'honneur de la Côte d'Ivoire au forum AFRETAIL 2026 montrent une économie en pleine mutation. La Zlib pourrait renforcer cette dynamique en attirant des investisseurs industriels et logistiques, notamment dans le secteur de la transformation agricole.

À l'échelle sous-régionale, Bouaké cherche à tirer parti de la croissance des échanges ouest-africains. Le projet ambitionne de faire de la ville un hub régional, en concurrence avec d'autres pôles émergents comme Bobo-Dioulasso au Burkina Faso ou Tamale au Ghana. La réussite de la Zlib dépendra de la capacité de la Côte d'Ivoire à améliorer les connexions routières et ferroviaires avec les pays de l'hinterland.

Plusieurs défis demeurent. Le financement de l'infrastructure – routes, électricité, eau, assainissement – nécessitera des partenariats public-privé et des investissements étrangers. La question foncière est également cruciale : les 550 hectares devront être acquis sans heurts auprès des communautés locales. Enfin, l'étude environnementale devra anticiper les risques de pollution et de pression sur les ressources naturelles.

Si la Zlib se concrétise, elle pourrait transformer durablement l'économie de la région Centre. Les filières agricoles – cacao, anacarde, coton – bénéficieraient d'unités de première transformation à proximité, réduisant les coûts et augmentant la valeur ajoutée. L'emploi local, notamment pour les jeunes, offrirait une alternative à l'exil vers Abidjan. Mais le chemin est long : l'étude de faisabilité ne sera livrée que dans dix mois, et les travaux pourraient prendre plusieurs années.

Au-delà de Bouaké, ce projet illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la volonté des États de déconcentrer l'activité économique pour réduire les déséquilibres territoriaux. Le Sénégal développe le pôle de Diamniadio, le Ghana celui de Tema, le Burkina Faso mise sur Bobo-Dioulasso. La Zlib de Bouaké pourrait devenir un cas d'école si elle parvient à conjuguer attractivité économique et inclusion sociale.

Le lancement de l'étude de faisabilité de la Zlib marque une étape décisive dans la transformation de Bouaké. Mais au-delà du projet lui-même, c'est la capacité de la Côte d'Ivoire à penser son développement de manière polycentrique qui est en jeu. La réussite de ce hub logistique dépendra autant de son ancrage local que de son intégration dans les chaînes de valeur régionales. Un test grandeur nature pour la vision « Bouaké Nouveau ».