Pour la première fois, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a organisé une cérémonie officielle pour présenter son rapport annuel 2025, le 22 juillet 2026 à Dakar. Le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou y a annoncé un taux d’inflation nul sur l’exercice, contre 3,5 % en 2024. Cette performance intervient dans un contexte mondial marqué par un regain d’incertitudes et contraste avec la forte hétérogénéité des prix relevée ailleurs sur le continent.

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Une mission de stabilité accomplie dans un environnement incertain

Le gouverneur de la BCEAO a structuré la présentation autour de trois priorités stratégiques : la maîtrise de l’inflation, le renforcement de la stabilité financière et l’accélération de l’inclusion financière. Le chiffre le plus frappant est celui de l’inflation annuelle, passée de 3,5 % en 2024 à 0 % en 2025. Selon Jean-Claude Kassi Brou, cette évolution s’explique par la hausse des prix de la production céréalière lors de la campagne agricole 2025-2026, la baisse des prix des produits alimentaires et énergétiques importés, et les mesures de sécurité alimentaire et énergétique prises par certains États membres.

La BCEAO a également poursuivi ses efforts pour la stabilité financière, notamment en mettant des ressources à disposition des banques commerciales. Le secteur bancaire demeure résilient, avec des ratios de solvabilité élevés, malgré l’augmentation du capital exigée. Par ailleurs, la Banque a été désignée comme autorité macroprudentielle, consolidant son rôle de régulateur.

Un îlot de stabilité dans un continent hétérogène

La performance de l’UEMOA contraste fortement avec la situation dans d’autres régions africaines. Selon les données d’Afreximbank publiées en 2025, les taux d’inflation des onze pays les plus affectés s’échelonnent de 13,05 % en Éthiopie à 97,47 % au Soudan du Sud, un écart de plus de 84 points de pourcentage. Cette hétérogénéité reflète des chocs asymétriques – conflits, dépendance aux importations, vulnérabilités climatiques – que la zone franc, grâce à sa parité fixe et à sa politique monétaire commune, parvient à atténuer.

Cependant, la stabilité des prix dans l’UEMOA ne doit pas occulter les fragilités sous-jacentes. L’inflation nulle de 2025 est en partie due à des facteurs exceptionnels : une bonne campagne agricole et une accalmie temporaire sur les marchés internationaux de l’énergie et des denrées. Or, ces conditions ne sont pas garanties. La dépendance aux importations alimentaires et énergétiques reste élevée dans plusieurs États, et les tensions sécuritaires au Sahel continuent de peser sur les chaînes d’approvisionnement.

Évolution temporelle et défis structurels

La baisse de l’inflation de 3,5 % à 0 % en un an marque un retour à la stabilité après la poussée inflationniste post-Covid et la crise ukrainienne. En 2023, l’inflation dans l’UEMOA avait atteint 4,2 %, avant de redescendre progressivement. La BCEAO a su maintenir une politique monétaire prudente, mais la question de la transmission de cette stabilité à l’économie réelle – pouvoir d’achat, investissement, emploi – reste posée.

Le rapport annuel met également en avant l’inclusion financière et les innovations. C’est un axe stratégique qui pourrait contribuer à réduire les vulnérabilités en diversifiant les sources de financement et en améliorant la résilience des ménages et des entreprises.

Enfin, la décision de la BCEAO d’organiser une cérémonie de présentation publique du rapport – une première – témoigne d’une volonté de transparence et de dialogue avec les parties prenantes. Ce geste s’inscrit dans un contexte de réflexion plus large sur la gouvernance monétaire dans la zone franc, alors que plusieurs pays, dont le Sénégal, explorent des pistes de réforme.

L’inflation zéro de 2025 est une performance notable, mais elle intervient dans un environnement où la résilience de l’UEMOA reste à éprouver sur le long terme. La BCEAO devra maintenir sa vigilance face aux chocs exogènes et aux fragilités internes, tout en accompagnant les transformations structurelles nécessaires à la souveraineté économique de la région.