Le Togo a distribué 22 200 plants fruitiers et forestiers à des communautés rurales, couvrant 220 hectares dans trois régions. Cette opération, menée dans le cadre du Programme de Résilience du Système Alimentaire en Afrique de l'Ouest (FSRP), vise à restaurer les paysages et à adapter les exploitations aux changements climatiques. Elle illustre une tendance régionale où les programmes agricoles intègrent désormais des objectifs environnementaux et économiques.
Agroforesterie : 22 200 arbres pour transformer l'agriculture togolaise
Le FSRP combine production alimentaire et restauration des sols dans trois régions.
Des arbres à double vocation
Zones d'intervention
Une approche participative
📊 Contexte économique
« Plutôt que d'imposer des modèles exogènes, les bailleurs privilégient désormais des arbres à double intérêt économique et nutritionnel. »
La plantation de 22 200 arbres au Togo, répartis sur 220 hectares dans les Savanes, la Centrale et les Plateaux-Est, ne constitue pas une simple opération de reboisement. Elle s'inscrit dans une stratégie plus vaste de transformation des systèmes agricoles ouest-africains, portée par le FSRP, un programme financé à hauteur de 50 milliards de FCFA. L'initiative, qui cible des espèces à la fois nutritives (manguiers, orangers, goyaviers) et forestières (khaya, neem, teck), vise à créer des synergies entre production alimentaire et préservation des sols, une approche dite d'agriculture climato-intelligente.
Le choix des espèces n'est pas anodin : il résulte de Plans de gestion intégrée des paysages (PGIP) élaborés avec les producteurs et les autorités locales. Cette méthode participative, qui privilégie des arbres à double intérêt économique et nutritionnel, reflète une évolution notable dans la conception des politiques agricoles. Plutôt que d'imposer des modèles exogènes, les bailleurs et les États misent désormais sur des solutions ancrées dans les réalités territoriales, une tendance observée dans plusieurs pays de la CEDEAO, où l'intégration régionale passe aussi par des programmes harmonisés.
Au-delà de l'aspect environnemental, cette opération répond à des enjeux économiques immédiats. En diversifiant les sources de revenus des producteurs, l'agroforesterie réduit leur vulnérabilité aux aléas climatiques et aux fluctuations des prix agricoles. Au Togo, où l'agriculture emploie la majorité de la population active, ce type d'initiative peut contribuer à stabiliser les revenus ruraux et à améliorer la sécurité alimentaire, un défi récurrent dans la région. Les espèces comme l'anacardier ou le néré, prisés sur les marchés locaux et régionaux, offrent des débouchés commerciaux non négligeables, renforçant ainsi les chaînes de valeur intrarégionales.
Le FSRP, qui opère dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, ambitionne de développer une agriculture résiliente tout en stimulant le commerce intrarégional. Dans un contexte où la CEDEAO cherche à approfondir son intégration économique, ce programme constitue un test grandeur nature : il s'agit de voir si des pratiques agroforestières standardisées peuvent être adaptées à des contextes nationaux variés, tout en créant des complémentarités régionales. Le Togo, avec sa position géographique stratégique entre le Sahel et la côte, pourrait jouer un rôle de pivot dans cette dynamique.
L'accent mis sur la résilience n'est pas fortuit. Les récentes sécheresses et inondations dans la région ont rappelé la fragilité des systèmes agricoles ouest-africains. En intégrant des arbres dans les exploitations, le programme vise à améliorer la rétention d'eau, à protéger les sols et à fournir des produits de substitution en période de soudure. Cette approche, si elle est correctement mise en œuvre, pourrait servir de modèle pour d'autres interventions, d'autant que les effets du changement climatique s'intensifient.
La réussite de ce programme dépendra de sa capacité à mobiliser les communautés sur le long terme. L'opération de plantation n'est qu'une première étape : l'entretien des arbres, leur intégration dans les systèmes de culture et leur exploitation durable nécessitent un accompagnement technique et financier continu. Le Togo, qui a déjà formé des ingénieurs et des formateurs pour animer des centres de ressources, semble conscient de ces défis. Mais la pérennité des bénéfices économiques et environnementaux reste conditionnée à une implication active des bénéficiaires.
Enfin, cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de réorientation des politiques agricoles en Afrique de l'Ouest, où les approches productivistes cèdent progressivement la place à des modèles plus intégrés, alliant productivité, durabilité et équité. Le FSRP, en reliant restauration des paysages, sécurité alimentaire et commerce régional, incarne cette nouvelle donne. Pour les observateurs, l'enjeu est de savoir si ces programmes pilotes pourront être étendus et pérennisés, alors que les financements climatiques et agricoles restent insuffisants face aux besoins.
L'expérience togolaise, bien que modeste à l'échelle régionale, offre un aperçu des potentialités et des obstacles de l'agroforesterie comme outil de développement. Elle interroge aussi la capacité des États ouest-africains à coordonner leurs politiques agricoles et environnementales dans un cadre communautaire. Alors que la CEDEAO et l'UEMOA multiplient les initiatives d'harmonisation, le FSRP pourrait contribuer à une convergence des pratiques, à condition que les leçons apprises soient partagées et adaptées.
L'initiative togolaise, bien que circonscrite à quelques cantons, ouvre des perspectives sur la manière dont l'agroforesterie peut être intégrée dans les stratégies de résilience alimentaire en Afrique de l'Ouest. À l'heure où les effets du changement climatique se font plus pressants, la capacité des programmes régionaux à s'adapter et à impliquer les communautés sera déterminante. Le FSRP, par son ampleur et son ambition, pourrait bien préfigurer une nouvelle génération de politiques agricoles ouest-africaines, alliant viabilité écologique et développement économique.