Alors que la Côte d'Ivoire et le Ghana fournissent environ 70% des fèves de cacao mondiales, le continent ne capte qu'une faible part de la valeur générée par la transformation de ses ressources arboricoles. Un rapport récent de Landscape Alliance chiffre ce déficit à moins de 10% de la valeur du marché mondial. Cette situation, qui touche aussi le karité, la gomme arabique ou la noix de cajou, interroge la stratégie de souveraineté économique des pays de la CEDEAO.

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Une richesse arboricole sous-exploitée

Selon le rapport « Tree-powered bioeconomies in Africa » publié le 7 août par Landscape Alliance (ex-CIFOR-ICRAF), les produits issus des arbres sont cultivés sur plus de 100 millions d'hectares en Afrique. Le continent fournit 96,3% des noix de karité, 80 à 90% de la gomme arabique, environ 70% des fèves de cacao et 55% des noix de cajou. Pourtant, la valeur ajoutée créée par la transformation de ces ressources échappe largement aux économies locales, qui restent cantonnées à l'exportation de matières premières.

Ce constat n'est pas nouveau, mais il prend une acuité particulière en 2026. En juin dernier, les présidents Alassane Ouattara et John Dramani Mahama avaient scellé une alliance historique pour reprendre le contrôle du marché du cacao. Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté économique qui traverse la région, de l'or au pétrole, en passant par les ressources agricoles. Le rapport de Landscape Alliance apporte des données chiffrées qui objectivent ce défi et pourraient nourrir les politiques publiques.

Une dynamique régionale contrastée

La note de conjoncture de la BCEAO publiée le 17 août 2026 dresse un tableau contrasté de l'économie de l'UEMOA. Si l'activité demeure bien orientée, portée par le BTP, les services financiers et le commerce, l'inflation reste un sujet de vigilance. Les tensions géopolitiques, la période de soudure et les difficultés de distribution dans les zones frappées par l'insécurité pourraient exercer une pression croissante sur les prix. Dans ce contexte, la dépendance aux exportations de matières premières non transformées fragilise les économies de la région, exposées aux fluctuations des cours mondiaux.

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, illustre cette vulnérabilité. Ses revenus vacillent au gré des variations du marché, tandis que le pays ne capte qu'une fraction de la valeur créée par la transformation du cacao en chocolat. Le rapport souligne que sept pays d'Afrique subsaharienne sont dépendants d'un seul produit forestier, dont la Côte d'Ivoire, le Ghana et São Tomé-et-Príncipe pour le cacao. Cette mono-dépendance constitue un risque majeur pour la stabilité économique et sociale de ces pays.

Un enjeu de souveraineté et de développement

La faible valorisation des ressources arboricoles s'explique par un déficit de capacités de transformation, de conditionnement et de distribution. Mais elle révèle aussi des choix structurels : les économies ouest-africaines ont longtemps privilégié des modèles d'exportation hérités de la colonisation, sans développer de filières locales intégrées. Aujourd'hui, la question de la transformation locale devient un enjeu de souveraineté économique, au même titre que la gestion de l'eau ou des ressources minières.

L'économie Sénégal croissance 19 août 2026, l'économie Côte d'Ivoire croissance 19 août 2026, la CEDEAO économie intégration régionale : ces dynamiques nationales et régionales se heurtent toutes à la même réalité. La transformation des matières premières nécessite des investissements massifs en infrastructures, en formation et en technologies. Elle implique aussi une coordination régionale pour mutualiser les moyens et créer des chaînes de valeur transfrontalières. Le rapport de Landscape Alliance offre une base factuelle pour engager cette réflexion, à condition que les décideurs s'en emparent.

Alors que l'Afrique de l'Ouest s'engage dans des politiques de souveraineté économique, la question de la transformation des ressources arboricoles devient un test décisif. La capacité des États à dépasser le stade de l'exportation brute déterminera leur insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Mais cette transition ne pourra se faire sans une coopération régionale renforcée, ni sans un dialogue avec les acteurs privés et les bailleurs de fonds. Le chemin est long, mais les enjeux sont à la hauteur des ambitions affichées.

Données de référence : Solde budgétaire : -3.0% (FMI)