Réunis à Santa Marta en Colombie pour la première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles, plusieurs pays africains producteurs de pétrole et de gaz ont réaffirmé leur intention de poursuivre l'exploitation de ces ressources. Ils plaident pour une transition progressive et équitable, mettant en avant les défis sociaux et financiers. Cette position révèle les tensions persistantes entre impératifs climatiques globaux et réalités économiques locales, dans un contexte de flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient.

La conférence de Santa Marta, première du genre au niveau gouvernemental, devait être un moment clé pour accélérer la sortie des énergies fossiles. Mais les représentants africains y ont tenu un discours ferme : pas de sortie brutale, mais une réduction progressive. Onuoha Magnus Chidi, conseiller auprès du ministre nigérian du développement régional, résume la position : « Pas de sortie – une réduction progressive. Tel est le message. » Il insiste sur les conséquences sociales d'un arrêt brutal : pertes d'emplois, nécessité de réinsertion dans d'autres secteurs, et besoin d'aides financières internationales.

Le Sénégal, récemment entré dans le club des producteurs d'hydrocarbures offshore, tient un discours similaire. Serigne Momar Sarr, conseiller du ministre sénégalais de l'Énergie, reconnaît les enjeux planétaires mais refuse de sacrifier le développement national au nom du climat. Pour Dakar, les revenus pétroliers sont essentiels pour financer les infrastructures, l'éducation et la santé. Cette position illustre le dilemme des pays africains : alors qu'ils contribuent marginalement aux émissions mondiales, ils subissent de plein fouet les impacts du changement climatique.

Les arguments économiques sont renforcés par le contexte géopolitique actuel. La guerre au Moyen-Orient a fait grimper les cours du pétrole à leur plus haut niveau depuis début 2022, rendant l'exploitation des hydrocarbures encore plus rentable pour les pays producteurs. Dans le même temps, les promesses de financement climatique des pays développés restent largement insatisfaites, renforçant le sentiment d'une injustice climatique. Les pays africains dénoncent un double standard : on leur demande de renoncer à leurs ressources sans leur fournir les moyens d'une transition alternative.

Au Nigeria, sixième pays le plus peuplé du monde et premier producteur africain de pétrole, le démantèlement de l'économie fossile est perçu comme un processus long et complexe. Le pays doit composer avec une dépendance historique aux recettes pétrolières, une économie peu diversifiée et des défis sécuritaires dans les régions productrices. La question de la réinsertion des travailleurs du secteur est centrale, tout comme celle de la compensation des pertes de revenus pour les États fédérés.

La conférence de Santa Marta a ainsi mis en lumière la fracture entre pays du Nord et du Sud sur la question climatique. Les pays africains ne refusent pas la transition, mais ils exigent qu'elle soit juste, financée et adaptée à leurs réalités. Ils appellent à un partage plus équitable des efforts et des ressources, et à une reconnaissance de leur droit au développement, comme celui qu'ont connu les pays industrialisés grâce aux énergies fossiles.

Au-delà des discours, la conférence de Santa Marta pose une question fondamentale : comment concilier l'urgence climatique mondiale avec les aspirations légitimes des pays en développement à sortir de la pauvreté ? Les positions affichées par le Nigeria et le Sénégal montrent que la transition énergétique ne peut être imposée de l'extérieur sans un accompagnement massif. Alors que les négociations climatiques se poursuivent, le risque d'un blocage Nord-Sud grandit, tandis que les cours du pétrole restent élevés, offrant une fenêtre de revenus que peu de pays africains sont prêts à laisser passer.